Bi’Causerie avec RESET

Bar l’Amazonial, vendredi 21/07 : Rencontre avec Vincent-Viktoria, président.e de l’association Bi’Cause, sa compagne Gabriel-le et Luka, trésorier de Bi’Cause.

Tout d’abord les présentations. Puis je commence à les interroger. Très vite, je tombe sous le charme de l’aisance de Vincent-Viktoria, occupé.e à la fois par notre conversation et par la gestion de l’asso qui suscite chez lui.elle l’émission de gromellements amusants, et de Gabriel-le, une brune dynamique qui semble ravie de me parler de Bi’Cause et de féminisme.

Bi’Cause est la seule association qui porte et défend les droits et intérêts des bisexuel.le.s et pansexuel.le.s. Bi’Cause a été fondée en mai 1997, majoritairement par des femmes qui se réunissaient depuis la fin de l’année 1975 au sein du centre gay et lesbienne. Le cadre des « Vendredi des Femmes » était le seul moyen dont elles disposaient pour parler d’une orientation sexuelle encore très controversée : la bisexualité.

Niée par les homos qui la considère comme une traîtresse (celle qui tolère l’autre genre), inexistante chez les hétéros qui la perçoivent comme de l’homosexualité refoulée, la bisexualité souffre de beaucoup de stéréotypes. Chez les un.e.s elle est assimilée à une période de latence, soit de lâcheté, qui permettrait aux bisexuel.le.s de rester au placard et de ne pas affronter leur « véritable » orientation sexuelle. Chez les autres, c’est une forme d’homosexualité « pleine » et inavouable, ou bien il ne s’agirait que d’une passade, une folie de jeunesse, teenage, rock’n’roll et sexe.

Outre ces idées reçues persistantes, on en trouve des plus légères dans le propos : « Y en a pas un.e d’entre vous qui va voir ailleurs dans le couple? Non? Ah ben c’est peut-être… euh non rien. ». Et on tombe cette fois dans une image frivole de la bisexualité, qui fait de nous des amateur.ice.s de partouzes, de relations volages, qui ne se posent jamais, des êtres incapables d’aimer. Résultats : on doute de soi, on hésite, et on se se demande si finalement toutes ces calomnies ne sont pas vraies. Fréquenter tel ou telle personne d’un certain genre et nous voilà perdu.e.s dans une réflexion sans fin, une remise en question de soi permanente. Un schéma pernicieux qui s’inscrit au plus près de nos consciences  et crée un sentiment d’instabilité amoureuse.

D’autant qu’à cela s’ajoute le problème et le manque de visibilité des personnes bi. Comment les représenter? Catherine Deschamps évoque pertinemment ce problème dans son écrit « Mises en scène visuelle et rapports de pouvoir: le cas des bisexuels« . Si l’on choisit de représenter la bisexualité par la présentation d’un couple composé de deux femmes ou de deux hommes, il s’agira pour le grand public d’un couple homo. A contrario, si c’est une femme et un homme alors ce sera un couple hétéro. Si on décide de placer finalement un homme et deux femmes (dans le cas d’un polyamour) ce sera un gigolo et ses escorts, et dans une condition inverse, la femme serait identifiée comme prétexte à un couple homosexuel masculin.

Conclusion : aucune représentation, aucune possibilité pour une personne bi en quête de son orientation sexuelle de trouver un point de repère rassurant.

C’est ici que Bi’Cause intervient. En 2003 est rédigée la première version du Manifeste français des Bisexuel.l.es (voir page A lire, voir, écouter). Il stipule dans sa deuxième édition de 2007 :

« Nous luttons contre toute hiérarchie des genres et remettons en cause la prévalence masculine et la norme hétérosexuelle prépondérante.

Nous refusons également la normativité gaie et lesbienne qui tend à réduire la sexualité aux deux seules catégories hétérosexuelle et homosexuelle. »

Et pour se faire l’association oeuvre et fait feu de tout bois pour faire entendre la voix des bisexuel.les, les rendre visibles sur les scènes LGBTQ et politique, les faire commuter vers un projet commun et créer un espace le plus attentionné et le plus sécurisant que possible.

C’est cette notion de safe space et de care qui me permet d’effectuer ici un glissement vers un atelier Bi’Causerie qui eut lieu le lundi suivant. Les Bi’Causeries sont ouvertes à tous.te.s. C’est un lieu de dialogue, de débat, d’échange autour d’une thème relevant des intérêts bi.

Intitulée « Leçon de féminisme devant un parterre d’hommes cis blanc hétéro« , cette Bi’Causerie progammait la projection de l’enregistrement d’une conférence, menée par les fondatrices du hackerspace féministe RESET, tenue lors d’un festival du milieu informatique alternatif.

Fablab, hackerspace, kézako? Un espace de concrétisation de projets informatiques, de bidouilles, influencé par des idées hippies et anar et dont le nindô serait « Do it yourself! ». Une façon de lutter contre le militarime et l’impérialisme américain, en contournant les sentiers battus Microsoft et Macintosh par exemple. Soit un lieu pour partager les outils, les projets et les connaissances, qui se voudraient accessibles à tous.tes.

Un concept révolutionnaire et anticapitaliste en soi, à l’exception près que la question d’accessibilité est véritablement problématique. Selon les fondatrice.eur.s du Reset, les 3/4 des fablabs (voire +) sont fréquentés par des hommes cis et blancs qui laissent une place plus qu’infime à l’épanouissement des femmes et personnes non binaires.

Zora, l’une d’entre eux.elles expliquait comment on lui demandait très naturellement de céder sa place aux mecs lorsqu’il fallait tenter de bidouiller quelque chose. Dans ces lieux la femme est invisibilisée et ne reçoit aucune considération. De plus, afin de disposer d’un minimum d’aisance nécessaire à bricoler, il faut détenir un seuil de connaissances informatiques de base, une initiation préalable avant d’être jetté.e dans la fosse aux cons. Or, n’ayant pas tous.tes les mêmes accès au ressources informatiques et aux connaissances web (que ce soit pour des raisons sociales ou financières), beaucoup se retrouvent livré.e.s à eux.elles mêmes. Déjà un peu pris.e au dépourvu, les débutant.e.s se heurent ensuite au gas-lighting des autres membres, c’est-à-dire à la remise en cause permanente de leurs propos, de leurs connaissances et de leurs attitudes par un égo écrasant de mec cis qui parle plus haut et plus fort. Celui qui sait mieux que toi et qui va te montrer comment faire. Celui qui se posent les jambes écartés, le regard certain, et qui va, doté de son doux paternalisme, te guider vers la connaissance. Mais pas trop non plus, tu risquerais de t’y perdre.

L’idée de Reset c’est donc d’initier tout le monde aux us informatiques des plus simples aux projets plus complexes. Il est aussi de question de venir en aide aux victimes de cyber-harcèlement comme le stalking ou le revenge porn.

C’est lutter activement contre toutes les formes d’intimidation (réelles ou sur le web) subies par les femmes et queer, notamment l’exotisation des personnes trans (« token »), en proposant un espace safe et responsable, qui implique la mise en place d’un cercle vertueux (la gentillesse engendre le bien être qui engendre la gentillesse en retour).

Après la projection, se sont succédé plusieurs conversations (explications du vernacullaire informatique, questions sur les ateliers…) avant que Coline, maîtresse de cérémonie, ne soulève le débat de la non-mixité. Là au sein même d’une réunion du groupe Bi’Cause, à ma grande stupéfaction, nous nous sommes retrouvé.e.s face à quelques spécimens d’hommes blancs (certains cis, d’autres pas) qui déblatéraient des propos inaudibles pour tout un.e chacun.e un peu sensibilisé.e aux réalités sociales. L’Etat permettrait un accès égalitaire à tous.tes à l’éducation, quelque soit le genre ou la race. De Gaulle et sa loi de 1965 (sur la gestion des biens privés des femmes) aurait permi l’émancipation de la classe femelle « et c’est pas la gauche, ça non! ». Sans oublier celles et ceux qui tombent constamment dans les particularismes, les situations rares qui remettent tout en question, les « si » qui désignent une toute autre situation, et nous voilà plongées dans le chaos de l’éducation populaire.

Face au match hommes cis blancs VS Reset (qui droit.e.s dans leurs bottes féministes dressaient parfaitement des répliques efficaces et intelligibles), je tentai de faire entendre ma voix. Chose impossible, on me coupait quasi instantanément la parole, le mot aux bords des lèvres. Effroyable constat : au sein même du local LGBTQ d’Île de France, les femmes ne pouvaient pas s’exprimer. Seuls les hommes (cis ou non, hétéro ou pas) dialoguaient avec les membres du groupe Reset. Le comble a été atteint lorsqu’un homme racisé, qui m’a sans doute surprise à plusieurs reprises à faire des tentatives avortées de prise de parole, a levé la main puis déclaré : « Je vois qu’il y a quand même ici plusieurs femmes qui essaient de prendre la parole et qu’on les en empêche. » Merci amer, Allié…

Une phrase m’a particulièrement marquée pendant les débats. C’est une des membres de Reset qui l’a rétorqué :

« Aucune situation n’est neutre ni apolitique, si on le croit c’est soit qu’on ne s’en rend pas compte, soit que l’on est du côté des dominants »

Une Bi’Causerie pertinente puisqu’elle a permis à l’association d’aborder le féminisme, qui n’est pas sa priorité néanmoins qui se situe aux fondements de sa formation, mais aussi de leur permettre de revoir les façons et règles de gérer un débat (ce qui n’est pas des choses les plus évidentes!) ouvert à tous.tes. Les prochaines BiCauseries ne pourront être que meilleures!

Merci chaleureusement à Gabriel-le et à Luka.

Quant au groupe Reset, je les remercie encore pour les points de lumière qu’elles.ils nous ont apportés, pour leur franc-parler, et leurs répliques sublimissimes durant le débat. Au top!

Vous pouvez les retrouvez sur leur site.

Lire aussi les 100 antithèses du cyberféminisme .

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